Etienne Baffrey : « Je ne freine plus le développement d’Antipode à cause de mon idéal légaliste ».

INTERVIEW RADIO  1er février 2007

Depuis ce mercredi 31 janvier à 16h, Antipode, la radio régionale du Brabant Wallon, émet sur le 101.4 FM à Bruxelles, ancienne fréquence de BXL. Etienne Baffrey, son Directeur Général, nous en explique les raisons.

Vous voici donc sur Bruxelles. Pourquoi ?

C’était une volonté depuis déjà quelques années. Nous souhaitions surtout pouvoir accompagner nos auditeurs qui quittent le Brabant Wallon et qui se rendent sur Bruxelles - que ce soit pour le travail mais aussi pour des activités culturelles – de rester brancher sur Antipode et ainsi de continuer à nous écouter dans la capitale. Des provinces comme le Hainaut ou Liège ont des grands centres. Tandis qu’en Brabant Wallon, on ne peut pas vraiment dire qu’il y ait des pôles urbains très attractifs. C’est donc une province qui est fort attirée, naturellement, sur Bruxelles. Il suffit de voir, sur l’E411, les voitures qui s’accumulent sur cette autoroute, le matin aux heures de pointe, et l’inverse en fin de journée. Pour nous, c’était donc quasi indispensable si nous voulions garantir une écoute continue.

Antipode s’installe sur le 101.4FM, ancienne fréquence de BXL. Comment l’opportunité s’est-elle présentée ?

C’est assez simple. On a eu vent, il y a quelques semaines, de l’arrêt de BXL. On a donc guetté les fréquences qui allaient être « continuées » pour cette nouvelle radio qui était annoncée, à savoir Mint. Je parle surtout, ici, de fréquences qui allaient continuer la diffusion du programme. Et on s’est tout de suite aperçu, en communiquant, que des fréquences allaient se libérer. Pour ne rien vous cacher, on a guetté le 92.1 FM et le 101.4FM. Il y a quelques semaines, on avait déjà de bonnes raisons de croire que celle qui allait être libre, c’était le 101.4FM. Il faut quand même rappeler que la couverture 101.4 FM a été complétée par l’opérateur précédent, BXL, par une autre fréquence pour des questions de couverture.

C’est vrai que le 101.4FM n’est pas une fréquence exceptionnelle en terme de confort d’écoute. Ce n’est pas frustrant pour vous ?

Oui et non. Oui, pour les spécialistes qui veulent sortir de Bruxelles, et qui veulent garantir une très bonne couverture. Mais comme je vous l’ai dit, nous, ce qui nous importe, c’est de permettre aux brabançons wallons d’écouter Antipode sur Bruxelles. Et là où on se trouve, dans la zone sud de Bruxelles, à une hauteur assez intéressante. Cela nous permet un raccord, avec pas mal d’aisance, entre le 105.5 du Brabant Wallon et le 101.4 de Bruxelles. Clairement, nous savions que cette fréquence allait être libérée. Dès que ce fut le cas, on s’y est mis. Et il n’y a pas eu de transactions entre nous et l’ancien opérateur BXL, et encore moins avec Mint. Quand je dis transaction, je parle d’un accord. Il y a simplement eu une communication pour ne pas qu’on se chevauche pendant un certain temps. Nous n’avons pas négocié avec l’ancien opérateur puisqu’il n’était pas détenteur de la fréquence, puisque vous savez qu’il n’y a plus d’autorisations qui sont accordées.

Le 101.4 était occupé par le groupe RTL, via BXL. Par rapport à ce qui s’est passé en 1994, où Bel RTL vous avait « piqué » votre fréquence du 100.2 FM dans le Brabant Wallon ; et différents recours que vous avez gagné devant le Conseil d’Etat. Ne peut-on pas voir dans votre arrivée sur Bruxelles un éventuel renvoi d’ascenseur de la part d’RTL ?

Une fréquence n’appartient pas à un opérateur mais à la Communauté Française, qui attribue des licences et permet - selon une certaine période - d’occuper une fréquence. Ce n’est pas à nous à aller négocier avec le groupe RTL. Et concernant cet éventuel renvoi d’ascenseur par rapport à notre recours en Conseil d’ Etat que nous avons gagné en 1996 - il a effectivement été introduit en 1994 -, nous avons effectivement gagné toutes les procédures de ce recours. Nous pouvions donc, sur le champ, entamer des procédures pour faire arrêter les programmes de nos grandes sœurs, à savoir, les radios communautaires. Depuis, l’eau a coulé sous les ponts, ils se sont bien installés, et faire marche arrière est pratiquement impossible. Comment expliquer à tous les auditeurs de Bel RTL, de Contact, de Nostalgie, de Fun, d’NRJ et j’en passe, qu’ils ne pourront plus écouter leur radio favorite. En plus, pour l’image d’Antipode, ce serait plutôt une catastrophe. Donc, non, cela n’a pas été du tout un marchandage et ce n’est certainement pas lié à cette époque du 100.2, qui était la fréquence la plus dégagée dans le Brabant Wallon, il faut bien le reconnaître, et dont on a fait déguerpir Antipode pour l’arrivée de Bel RTL…

Pourquoi privilégier votre arrivée sur Bruxelles alors que votre couverture est encore loin d’être parfaite dans toute la province du Brabant Wallon ?

On a bien réfléchi. Notre première priorité, c’est de couvrir les endroits du Brabant Wallon où il y a une très forte densité de population. C’est vrai qu’il y a des endroits qu’on ne couvre pas, mais je dirais que là-bas, la densité est très faible et qu’on y retrouve que des lapins et des vaches, et pas beaucoup d’habitants. Ce qu’on a décidé de faire, c’est vraiment de bien couvrir l’axe E411, plus la poche de Waterloo et Braine-l’Alleud qui représente 30% des habitants du Brabant Wallon. Avant d’aller à Bruxelles, on a ouvert une fréquence sur une qui était cadastrée, le 94.2, et que l’on a déplacée de Nivelles vers Waterloo pour couvrir cette entité. Ensuite, il y avait un endroit qu’on ne couvrait pas, et qui est symbolique, c’est le chef d’arrondissement judiciaire de la province, à savoir Nivelles. Nous y avons ouvert le 106.8. Après, la question qui se posait, c’était de savoir si on avait la possibilité d’aller sur des extrémités que l’on ne couvre pas, comme Jodoigne ou Peruwelz, qui sont des entités importantes. Mais aussi Tubize. Et là, il n’y a pas de fréquences cadastrées. Et nous préférons mettre notre priorité vers des fréquences qui sont, justement, cadastrées. Le 101.4 de Bruxelles l’est. Et en plus, elle permet à cette forte densité de population qui se situe de part et d’autres de l’axe E411 de pouvoir continuer à nous écouter. Nous avons donc fait le choix de privilégier les auditeurs existants, dans le but de les fidéliser lorsqu’ils vont sur Bruxelles. Plutôt que d’aller vers des zones où nous ne sommes pas encore connus et d’essayer de grappiller quelques auditeurs en plus.

Si nous vous comprenons bien, entre les lignes, vous attendez donc avec grande impatience ce fameux plan de fréquences pour améliorer la qualité de votre couverture…

Et bien oui ! Si il y a bien un opérateur provincial et professionnel en Communauté Française de Belgique qui réclame le plan de fréquences, à corps et à cris, et depuis toujours, je pense que nous sommes les premiers de classe ! L’absence de plan de fréquences a quand même fait les choux gras de quelques entrepreneurs de radios à la tête de réseaux communautaires. Et maintenant, ils sont les premiers à demander un plan de fréquences pour protéger des acquis qu’ils ont peut être obtenu de manière relativement discutables…

Pouvons-nous craindre avec votre arrivée sur Bruxelles que Antipode perde son identité brabançonne ?

Son identité brabançonne, on espère que non ! On ne va rien changer à notre programme… Cela, c’est déjà une réponse très claire !

Il n’y aura donc pas des décrochages spécifiques sur Bruxelles ?

Aucun ! Notre volonté n’est pas, à ce stade-ci, de faire un décrochage sur Bruxelles.

Que répondez-vous à ceux qui disent que votre programmation musicale serait trop large ?

Je comprends tout à fait que l’on puisse critiquer notre programmation. Mais c’est ce qui fait la richesse d’Antipode. On permet à notre cible, et c’est un public familial entre 25-45-50 ans, de rester dans le coup ! Je vais être très clair. Cela permet, à la fois, à notre cible de retrouver une ambiance musicale qu’ils ont adoré, comme les années 80 et un zeste des années 70. Et il y a aussi clairement ce souhait de rester dans l’actualité en parsemant des titres qui sont des tubes. Cela permet à notre cible qui était très branchée dans les années 80 de le rester, sans pour autant s’enfermer dans ce qui est uniquement de la nouveauté. On a constaté que notre cible est très vite fatiguée de n’entendre que du « hit actuel », et elle a besoin de se souvenir des titres qu’elle a appréciées. Je crois donc, au contraire, qu’on est une des rares radios à oser la diversité !

On vous dit trop « légaliste » et que cela empêche Antipode de progresser comme elle devrait l’être. C’est vrai ?

J’essaie de me tenir au maximum dans cet idéal légaliste, que j’essaie d’entretenir. Comme je suis en thérapie radiophonique depuis 10 ans, je me guéris tout doucement… Ma guérison a commencé il y a deux ans en ouvrant une fréquence sur Waterloo – Braine-l’Alleud. Mais je le fais prudemment car je veux garder cette image d’une radio qui ne passera jamais la ligne rouge. Face au chaos juridique dans lequel nous nous trouvons depuis maintenant 10 ans, il est dans les mœurs de comprendre les opérateurs radios qui, clairement, ouvrent des fréquences parce qu’il n’y a pas de régulation pour l’instant. Mais je fais des efforts ! Depuis Waterloo – Braine-l’Alleud, il y a eu ensuite Nivelles. Maintenant c’est Bruxelles. Et d’autres vont suivre. Je ne freine donc plus le développement d’Antipode par cet idéal légaliste. Je parviens à en sortir, tout en essayant de ne pas aller trop loin. Et je dois avouer que tout mon entourage m’aide bien à sortir de cet idéal. Même les plus sages…

Le podcast de Tuner.be vous proposera d’écouter cette interview, en intégralité, la semaine prochaine.

Propos recueillis par Cédric Baufayt – cedric@tuner.be
Photo : © Antipode, sophie BERQUE