Une collection très particulière, Bernard Quiriny, Seuil, 2012.
Le dernier recueil de nouvelles de Bernard Quiriny, Une collection très particulière, publié au Seuil, rassemble trois séries de nouvelles, presque une trentaine en tout, aussi inventives que saugrenues. Il y est question de littérature, de métaphysique, de gags aussi. On découvre les rayons insolites d’une incroyable bibliothèque, on voyage à travers le vaste monde et certaines de ses plus étonnantes coutumes, et on lit, ahuris, la chronique humoristique de notre monde hypothétique.
On retrouve Gould, personnage fétiche de l’auteur, que son ami narrateur a la chance de fréquenter et qui expose au fil de leurs rencontres ses découvertes et réflexions, ses enquêtes et perspectives. Un Gould cérébral, féru d’échecs, de trouvailles géniales ou farfelues, de spéculations incongrues et autres loufoqueries non dénuées pourtant de sens philosophique. Il s’agit avant tout de l’exploration de l’étrange bibliothèque de ce maître malicieux, aux joies enfantines et cruelles : des rayonnages où rien n’est banal, certes, et les œuvres les plus rares. Bibliothèque fantastique qui réunit ainsi les livres les plus ennuyeux du monde, ou des livres sur rien, ou des livres gigognes où les hommes de bonne volonté peuvent puiser pour écrire, ou des livres reniés par leurs auteurs, des livres qui furent sauveurs ou à l’inverse criminels, des livres dotés du pouvoir de dégager de l’énergie, ceux oubliés par leurs auteurs au fur et à mesure qu’ils les écrivaient, ceux que les lecteurs ne peuvent retenir…
Comme distraction entre la découverte de ces rayonnages, Gould expose ses voyages : dix villes improbables, objets de considérations anthropologiques, sociologiques ou urbanistiques. Ou le même Gould effectue la chronique de phénomènes bizarres sur terre et parmi les sociétés humaines (‘notre époque’), telles que les implications d’une résurrection des morts, ou de la découverte d’un élixir de jouvence, voire d’une réforme libérant du nom de famille et autorisant d’en changer à volonté, ou encore l’exposé des conséquences de l’échangisme, c’est-à -dire de la permutation des corps dans l’amour…
Partout plane l’ombre amusée d’un Borges ou d’un Italo Calvino, avec l’affleurement de réalités parallèles, drôles et absurdes, dans cette collection de possibles hantés par la disparition. Ou par la chose cachée que l’on s’évertue en vain à mettre au jour, les doubles et dédoublements, un jeu de miroirs qui ouvre sur l’infini et désintègre l’objet en une perte perpétuelle. Vertige philosophique d’un livre gigogne qui renvoie, le sourire en coin, à l’inépuisable énigme du monde.
Eric Brucher (08/06/12)







24 juillet 2012 Ã 20:17
Dernièrement, j’ai lu “Contes carnivores” du même auteur. J’aime les nouvelles, cela me permets de grignoter des histoires sur l’heure du midi, ou de patienter agréablement chez le médecin… ce nouveau recueil me met en appétit, merci.
25 août 2012 à 16:11
Merci pour vos commentaires ! Je ne les découvre qu’aujourd’hui (ah, les vacances…). Bientôt les nouveautés de rentrée… Au plaisir. Eric B.