La femme du tigre, Téa Obreht, Calmann-Levy 2011
‘La femme du tigre’ de Téa Obreht est un roman étonnant, féérique, rempli de folklore et d’animaux, qui comme dans les fables, ont tous un rôle à jouer. C’est aussi l’histoire de Natalia, jeune médecin, qui se déplace dans un pays coupé en deux, ruiné par la guerre, qui n’est pas nommé, mais qui se trouve dans les Balkans, pour aller vacciner des enfants. En chemin, elle apprend que son grand-père est décédé et le voyage sera un prétexte pour se remémorer les moments passés avec lui et surtout les aventures merveilleuses qu’il racontait, liées à sa disparition soudaine…
Si Natalia et son grand-père se rendaient souvent au zoo, c’est l’occasion d’évoquer le tigre qui s’échappa du zoo en 1941, frappé par les bombes allemandes. Après des journées de marche, le tigre arrive près du village du grand-père, alors enfant. N’ayant jamais vu de tigre, les habitants l’associent au diable et sont terrorisés. On pense aux contes russes, remplis de Baba yaga, de grand froid et de neige, et c’est un petit bout de femme qui apprivoisera le monstre, celle qu’on appelle ‘la femme du tigre’ , sourde et muette, mais sans peur…
Il est aussi question d’ours et de l’homme qui ne mourra pas, ces légendes transmises de génération en génération comme pour donner une identité ou re-construire des individus sans repères. Si l’onirisme est très présent dans ce roman, c’est un refuge compréhensible, qui permet à la femme de science qu’est Natalia de se retrouver enfant, avec à la main le Livre de la Jungle de son grand-père, et le terrible Shere Khan, qui permit en son temps aux villageois de savoir ce qu’était un tigre. Le tigre, symbole de puissance, qui se mangera les pattes lors d’un autre bombardement bien plus tard, dans le même pays…
Les liens entre présent et passé sont constants et nous obligent à constater que ce passé doit être accepté, assimilé par ce peuple tout entier pour mieux appréhender le présent et éviter les conflits. Aucune interprétation n’est donnée par la narratrice, qui voltige d’un temps à l’autre, et expose la guerre actuelle comme les barbaries des villageois dans les contes, l’essentiel étant que sans ces histoires il n’y a plus d’humanité. Heureusement elles sont encore racontées. Original et empreint de magie, ‘la femme du tigre’ se place du côté des récits fabuleux qui expliquent comment arriver à la paix, sans donner de leçons.
Geneviève Renard
Tags: Balkans, légendes, merveilleux






