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De grands pas noirs dans les miracles, Jean-Jacques Didier, Le Coudrier, 2011

Jean-Jacques Didier aime à laisser quelques années d’espace entre ses textes afin, peut-être, de les laisser mieux décanter. Un récit poétique en 2006, des nouvelles en 2002, un roman en 1996 et avant cela quelques recueils de poésie, l’auteur ottintois revient à celle-ci plus explicitement avec De grands pas noirs dans les miracles, un titre emprunté à un vers d’Aragon.

Aragon – cela n’a rien à voir naturellement, mais est-ce si étonnant pour un recueil qui a l’Espagne en perspective ? Espagne du voyage vacancier : cette bulle de temps propice aux distanciations. Espagne intérieure surtout, celle du dedans : celle dont les plus poignantes merveilles seront toujours des soleils noirs palpitant au fond d’un gouffre. Car Jean-Jean Didier a, dit-il, le cœur peu doué pour la joie. Il y a, vissée, une longue tristesse. Cela n’empêche pas la ferveur. Ni la sagesse. Celle qui serait faite d’ironie et d’acquiescement au vide. Car la vie, tel le palais d’un immense Escurial, ne pourra jamais être rationnellement meublée.

Sagesse.
Et si la leçon d’Espagne et de ses christs aux plaies impudiques était de montrer les siennes, la fleur vive de ses cicatrices? Ainsi que le dit Christian Marcipont dans sa belle préface : le livre a ses imaginations couronnées d’épines.

La semaine sainte durant laquelle s’effectue le voyage est évidemment propice à nourrir l’interrogation obsédante de la mort. L’Espagne très catholique, l’orgueilleuse Castille, les processionnaires encagoulés de Séville, les mortifications théâtrales et doloristes, le grand spectacle folklorique du sang et de la muerte. Mais la mort n’est pas que ‘là-bas’. Y a-t-il calvaire plus récent et douloureux que celui de Julie et Mélissa, celui de tous les autres enfants martyrs ? La mort est toute proche – plus encore que ce canif interdit oublié dans un bagage d’aéroport. Toute proche, c’est elle qui inflige les ruptures, qui rompt les fils – comme celui de la conversation entre un père et sa fille en des pages poignantes et tellement justes.

Pourquoi écrire ?, s’interroge Jean-Jacques Didier. C’est en écrivant que la raison m’en apparaît… ou non.  Parfois, ce sont quelques gouttes de sang. Et, puisque l’on se fiche de l’image de soi, au moins l’aveu de ses plaies aidera quiconque. Car s’il y a de grands pas noirs, se trouve aussi le miracle d’images fortes et précieuses.

Images, ce sont aussi les illustrations de Christine Bentley qui avait déjà illustré La chair du voyage de l’auteur en 2006. Lignes et rayures construisent chaque image, la portant sur des tonalités rouges et noires surtout, de sang et de mort, ou vertes et turquoises parfois. Couleurs qui entament le recueil d’une belle épigraphe : Tu es un rouge entêté/ Dans l’accident du noir (Véronique Wautier).

Eric Brucher (17/06/11)

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