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Du train où vont les choses à la fin d’un long hiver, Francis Dannemark, R. Laffont, 2011

Un train vers Lisbonne. Le train plutôt que l’avion : pour ne pas aller trop vite. Le trajet n’est pas si long, le dernier petit roman de Francis Dannemark non plus (il ne fait que nonante pages) – c’est son beau titre qui semble tissé de durée ferroviaire : Du train où vont les choses à la fin d’un long hiver, publié chez Laffont. Un homme qui s’en va, laisse derrière lui ce qui a été sa vie jusque là. Un homme, la cinquantaine, et une femme dans un wagon de chemin de fer. Deux êtres qui se retrouvent par hasard, mais entre lesquels il n’est question ni d’amour ni de badinage, seulement un intérêt affectueux mutuel qui pousse à la confidence et à tirer quelque chose comme un bilan, ceux que l’on pose à certains moments fatigués de sa vie. Un livre tendre et amer, de colère apaisée aussi, mais qui donne sa chance à l’existence de renaître ailleurs.

Car dans cet ‘opérateur culturel’, comme l’on dit (organisateur de manifestations culturelles, expositions et spectacles), qui dialogue aimablement avec Emma (jadis brièvement rencontrée dans une de ces manifestations et que le hasard remet en présence dans ce même train pour Lisbonne), en cet homme un peu désabusé qui n’a plus d’autre projet que s’en aller, on peut sans doute deviner quelque chose de Francis Dannemark lui-même, quelque chose de ses déboires professionnels (notamment éditoriaux), de sa colère et de son amertume.

Comme si le train –  dans cette forme de suspension de la vie qu’est le voyage permettant de la regarder de loin – était l’occasion de tirer un bilan. Le train des choses, c’est que toute chose va à son achèvement, à sa vieillesse et sa fin. Et qu’invariablement, cela peut générer en désabusement. Ou cette impression que l’hiver ne finira jamais, ce doute d’un possible printemps. Notre Occident est fatigué et vieux, son monde s’achève. Cependant la ‘crise’ actuelle dont l’auteur/narrateur a souffert est en même temps l’occasion d’apprendre à vivre autrement, dit-il : il nous faut moins mais mieux. Et ralentir pour sentir le temps qui passe, être proche de sa vie. Il faut, dit-il encore, « descendre de ce train fou dont le conducteur augmente la rapidité pour que l’ivresse de la vitesse fasse oublier aux passagers que le convoi va tout droit vers un mur… »

Réflexion sur notre société vieillissante, sur la culture ou nos modes de vie, voire sur l’amour, ce petit livre (qui n’a rien du roman de gare dont il se sous-titre mais qui tient davantage de l’échappée belle) contient autant de mélancolie que de tendresse, de colère que de moquerie, mais, comme le dit le narrateur à propos d’un film, « un vrai sourire aussi avec une véritable envie de vivre ».

Eric Brucher (11/02/11)

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