Argentine, Serge Delaive, La Différence 2009
Chaque mois de décembre est décerné à un auteur belge le Prix Rossel, le prix littéraire le plus important en Belgique francophone. Cette année, il a été attribué quasi à l’unanimité à Serge Delaive pour son troisième roman, Argentine, aux Editions de la Différence. Un roman mélancolique de l’errance et de la quête. Un roman-puzzle, cà d composé de nouvelles qui se répondent et se recoupent sur les deux rives de l’Atlantique, dont certains personnages disparaissent et d’autres les cherchent.
7 personnages (certains étaient déjà apparus dans le roman précédent Café Europa en 2004) qui errent et se débattent, entre 2001 et 2017, dans le chaos du monde ou parmi le labyrinthe des questions au fond d’eux-mêmes. Ils cherchent un ami, un amour, une immensité, un père surtout : et cette ombre poursuivie les oblige à se dévisager dans le miroir bruyant de la solitude, et tenter de se trouver un peu parmi la mosaïque de leurs reflets, parmi les moi multiples.
Un chassé-croisé entre l’Argentine (celle de la crise économique ravageuse de 2001, celle du dieu Maradona miroir d’une société à la dérive) et la Hollande, ou l’Espagne, le Chili, la Belgique. Le lecteur se perd d’abord face à l’énigme de ces destins disloqués, face à ces personnages à distance d’eux-mêmes, aux prises avec leurs démons intérieurs informulés. Il se voit obligé de capter des signes, tisser du sens, reconstituer une image d’ensemble, comme avec un puzzle : il doit comme ses personnages apprivoiser le chaos - pour autant que cet animal, comme celui de la solitude, puisse être apprivoisé… Puis les recoupements s’effectuent, du chemin se fait, et l’on goûte au fond du labyrinthe la saveur obscure et particulière de la mélancolie, son âpreté, son espérance malgré tout de rejoindre l’immensité, celle des nuages ou du vol d’un albatros. L’on est aux prises avec la mémoire, les misères du monde et les déboires du cœur, avec les rêves et l’espoir de grandir parmi le désordre, avec la quête de soi jusqu’au bout du monde, en Terre de Feu, Valparaiso, Ushuaïa, ces steppes balayées par un vent fou et glacé.
Un roman aux récits imbriqués, tentant de retisser le passé aux fils du présent, où l’on retrouve le goût pour la photographie ou les accents poétiques de l’auteur. Un roman énigmatique, celle de la mémoire, celle aussi des théories fractales sous-tendues qui permettent de se demander si les destins individuels des personnages n’influencent pas autant les événements du monde que l’inverse est vrai, comme dans le fameux ’effet papillon’.
Eric Brucher (05/02/10)






