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Baruffa, Isabelle Bary

Le deuxième roman d’Isabelle Bary, Baruffa, édité chez Luce Wilquin, nous conte la métamorphose d’une femme enfermée dans sa bulle dorée et son ouverture à l’art et à l’écriture, sa découverte d’elle-même. Un roman introspectif tout en vitalité.

Alice est joyeuse et forte, mariée, moderne, pleine d’amis sans qui elle n’existerait pas, croit-elle, incarnant une certaine réussite professionnelle et familiale. Une femme actuelle, avec l’illusion de tout contrôler qui a fait d’elle un personnage performant et opérationnel 24h/24. Puis survient Diane. Une rencontre entre amis, une femme qui fascine puis ensorcelle ; une femme qui, cherchant à être le centre de tout, devient ventouse ou parasite. Insensiblement cette Diane dangereuse envahit la place, trouble Alice, semble la détruire. Et ce progressif chaos provoque une querelle intérieure (‘baruffa’ en italien), la force à se chercher ailleurs, la mène à goûter l’obscure saveur de s’abandonner à la dérive, au hasard, à d’autres rencontres, d’autres milieux. Et paradoxalement, cette Diane qui a comme sucé la vie d’Alice, la rendra à elle-même.

C’est la découverte d’une dimension plus artistique de la vie. Et qui passe par l’écriture, et les mots. Ceux par lesquels Isabelle Bary cherche joliment à rendre compte de ce qui palpite, de ce qui vibre d’émotion, les sens à fleur de peau lorsque l’on se laisse aller à la disponibilité. Des mots parfois même en vrais bouillons.

Et justement, le roman aurait semblé pouvoir être davantage condensé ; il est un peu nombriliste aussi, n’évitant pas, dans la découverte de soi, l’impudeur de parfois se flatter ou la superficialité de chamailleries entre filles. Mais le roman est touchant par cette volonté de sortir de l’ombre, de sortir de l’enfer du jugement des autres, d’apparaître et se faire entendre. Touchant par ce côté autobiographique certainement où l’auteure s’est débattue afin que les mots qu’elle sait manier lui ouvrent un horizon neuf.

Un commentaire pour “Baruffa, Isabelle Bary”

  1. Olivier Stevens dit :

    J’ai aussi pris beaucoup de plaisir à lire ce « Baruffa » d’Isabelle Bary.
    Au fil des pages quelques assertions ont le mérite de rattacher l’instinct à la manière.
    Une espèce de magie des errances polies, timides, dans des villes étrangères.
    Un fond et une forme qui imposent sa personnalité singulière à ce second roman, plus achevé peut-être que « Le cadeau de Léa ». A ses débuts, on est très entier et donc très pur, comme du diamant, c’est-à-dire coupant aussi…
    « Baruffa » me fait penser à quelques romans de Patrick Besson, eux aussi «accessibles à certaine mélancolie ».
    A coups de vraies-fausses conquêtes, de vrai-faux esclandres et de vraies-fausses controverses, ses personnages se font agitateurs d’un microcosme aux allures un peu étriquées. Ça pourrait ne pas amuser du tout, réveiller les instincts grégaires anti-VIP, mais comme Besson, Isabelle Bary garde les yeux grands ouverts.
    Comme disait l’auteur des Braban : « Il ne faut pas voir plus d’un film par semaine, ça suffit, parce qu’ils tiennent à peu près tous le même propos ». A part lire, on aimerait ne pas connaître grand chose de l’air du temps. Dans « Baruffa », on se bouscule sans hâte vers une sortie qui ouvrirait la porte à de larges horizons.
    Isabelle Bary s’efface derrière ses personnages qui se plaisent métaphoriquement à jouer aux exilés de la ville, qui la quittent… pour la ville. Aucune interférence de sa part dans la maturation et le destin des acteurs de son roman. Thibaudet, peut-être le plus grand critique du 20ème siècle, disait que la vie d’un écrivain n’affectait son Å“uvre que « pour une part indigne d’une note en bas de page » . Certes Villon s’imagine volontiers, et avec une légère pointe de gêne me semble-t-il, se balançant au bout d’une corde avant d’écrire la « ballade des pendus ». Rabelais, à court de ressources à Maillezais, s’inviterait bien à la table de Gargantua. Mais Nimier n’a jamais eu la mélancolie de ses « Enfants tristes » et on se représente mal le très réservé Sir Arthur Conan Doyle en opiomane invétéré.
    Cela fait partie du jeu de Bary comme de Besson. Un jeu conforme à leurs règles : des acteurs souvent doubles qui ne s’en cachent pas. Doubles mais cohérents : contre tous ou presque, ils signent de brillants passages “réactionnaires” c’est à dire en réaction à la pensée dominante. A l’heure d’un hypothétique réveil des foules, ils refusent la révolte consensuelle et la subversion bobo. Une façon de dire « non » . Trois lettres, ça change tout. Tenir à la nuance, aujourd’hui, fait de Rodrigue quelqu’un de coeur, de gueule et de belle allure.

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