L’atelier d’écriture, Chefdeville
L’atelier d’écriture, qui vient de sortir en ce mois de janvier aux éditions Le Dilettante, est un roman drôle et caustique qui nous propose une plongée dans la France sociale, les lycées de banlieue et le travail, parfois pénible, d’écrivain professionnel. Un roman à la frontière du témoignage, puisque l’auteur, Chefdeville, raconte son expérience décapante en ateliers d’écriture, cette activité à la mode, permettant surtout à nombre d’auteurs de ne pas sombrer tout à fait dans la misère.
Chefdeville, auteur 15 ans plus tôt d’un unique polar sans succès et jeté par le métier, à la fois grognon, misanthrope, surtout chômeur et déprimé. Un type qui n’attend rien de personne, qui s’arrange avec le système, en perpétuel porte-à -faux avec le monde et avec les femmes. Santiags et blouson noir démodé, 1m61 et aussi large que haut, un profil d’haltérophile bulgare. Et parce qu’il est catalogué écrivain, il se voit un matin proposer l’animation d’ateliers d’écriture. Mais en milieu scolaire, et dans des écoles dites ‘sensibles’, cà d des collèges de banlieue classés en ZEP (Zone d’Education Prioritaire).
Il accepte bien entendu, pour subsister. Et lui qui a fui l’école à 14 ans avec haine, se retrouve dans ces milieux scolaires en déroute, version la ‘horde sauvage’, à tenter d’animer des ateliers et réaliser une nouvelle policière ou un scénario de polar. Evidemment, la motivation quasi nulle de son public, les ambiances explosives dérapant au moindre prétexte, parmi les apprentis dealers, les fashion victims ou les futurs tueurs de vieilles dames – le voilà à partager un combat et une mission contre l’illettrisme et la violence qui ne sont pas les siens, mais qui deviennent ceux pour la dignité.
Aucun moralisme, mais du désabusement et beaucoup de cynisme très drôle. D’autant que l’écriture colorée de Chefdeville est nourrie de l’argot scolaire des banlieues dont les expressions crues ont l’art de faire mouche. J’ignore si, pour apprécier ce livre, il faut être prof ou en lien avec ces milieux confrontés à la jeunesse sensible et souvent dépassés, ou s’il faut même être, comme se nomme Chefdeville, ‘écrivain à la ramasse’, mais c’est à lire au second degré pour ne pas tout à fait désespérer de la réalité. Moi, j’ai énormément ri !
Deux mots aussi des éditions Le Dilettante, cette sympathique et atypique petite maison, publiant ses ouvrages au format de poche, caractérisée sans doute aussi par ses fameuses couvertures, peu bibliophiliques certes, mais affichant une œuvre originale d’artiste, ici un mur d’immeuble couvert de tags.






